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 L’homme qui fait trembler le Maghreb

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HAKIM
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MessageSujet: L’homme qui fait trembler le Maghreb   Ven 27 Avr - 21:43

Depuis les attentats du 11 avril à Alger, le leader de l’ex-GSPC est le
terroriste le plus recherché d’Afrique du Nord. Abou Moussab
Abdelwadoud n’a qu’une ambition : devenir l’icône du djihadisme
international dans la région.


Depuis le mois de juillet 2004, date à laquelle il est devenu l’émir
national du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC),
Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud, était déjà
l’ennemi public numéro un des autorités algériennes. Depuis les
attentats d’Alger du 11 avril dernier revendiqués, par al-Qaïda dans le
Maghreb islamique, le nouveau nom de l’organisation depuis son
ralliement officiel à la nébuleuse Ben Laden en janvier, il est
carrément devenu l’homme à abattre sans sommation.

Abou Moussab Abdelwadoud serait aujourd’hui assiégé dans l’un de ses
maquis de Kabylie en compagnie de quelques « invités » marocains et
mauritaniens. Près de 10 000 hommes des différents services de sécurité
sont à sa recherche. S’il s’en sort - ce qui est loin d’être exclu
compte tenu de la configuration du terrain dans la région -, il pourra
alors se réjouir d’avoir atteint l’un de ses principaux objectifs :
prétendre au même statut qu’un Abou Moussab al-Zarqaoui, l’ex-chef
d’al-Qaïda en Mésopotamie, tué par l’armée américaine en Irak. Un
accomplissement, en quelque sorte, pour Droukdel, qui vouait une
admiration sans bornes à Zarqaoui au point d’imposer le deuil à ses
ouailles lors de la mort du Jordanien en juin dernier.

Le parcours d’Abdelmalek Droukdel commence au début des années 1960
dans la ville de Bordj Menaiel où il voit le jour, à la limite de
l’Algérois et de la Kabylie. Il appartient aux habitants de cette
région particulière - plus tout à fait arabe et pas encore kabyle -,
malicieusement surnommés les « Quinze et demi », en référence à la
plaque des véhicules qui affiche un « 15 » pour ceux immatriculés à
Tizi-Ouzou et un « 16 » pour ceux qui le sont à Alger. Le détail
compte, car il aura toute son importance dans la vie du futur
terroriste. Après des études de théologie à Constantine, Droukdel
revient chez lui à la fin des années 1980, en qualité d’imam dans une
mosquée périphérique de Bordj Menaiel. Militant actif du Front
islamique du salut (FIS), il entre dans la clandestinité dès son
interdiction en mars 1992, après l’interruption du processus électoral
consécutif à la victoire du FIS lors du premier tour des élections
législatives de décembre 1991.

Parrainé par Abdelkader Hattab, alias Mouloud, l’un des vétérans du
premier maquis islamiste qu’a connus l’Algérie indépendante au début
des années 1980 et l’un des plus grands partisans de l’action violente,
Droukdel grimpe rapidement dans la hiérarchie des organisations
islamistes armées. C’est au cours de la campagne électorale pour les
municipales de juin 1990, qui se soldent par un raz de marée du FIS,
que les deux hommes se rencontrent. Fasciné par l’aura d’Hattab, qui a
été condamné à mort en 1987 avant d’être amnistié, Droukdel retient
l’attention du leader islamiste par sa détermination. S’il manque
singulièrement de charisme, le jeune homme, qui « parle comme un livre
», impressionne Hattab. Ce dernier transmet alors son virus djihadiste
au jeune imam.

En 1998, Abdelkader Hattab n’est plus de ce monde, mais son jeune frère
Hassan prend la relève. Il crée le GSPC à partir d’une branche
dissidente des Groupes islamiques armés (GIA) discrédités par la
multiplication des massacres de villageois et fait de Droukdel son
mufti - l’auteur des fatwas (édits) de l’organisation. Dans sa
profession de foi, Hassan Hattab assure que les opérations du GSPC ne
cibleront désormais que les représentants des forces de l’ordre.
L’auteur de ce texte « fondateur » - avec lequel le GSPC a pris
quelques libertés au fil du temps… - n’est autre que le futur Abou
Moussab Abdelwadoud.

L’avènement du président Abdelaziz Bouteflika, en 1999, et la mise en
place de sa politique de concorde puis de réconciliation nationale
marquent un tournant déterminant. Il va conduire Droukdel à prendre les
rênes du GSPC cinq ans plus tard. En effet, la nouvelle donne proposée
par le pouvoir provoque des brèches dans la détermination des
maquisards. Hassan Hattab lui-même est tenté de rendre les armes. Le
chef du GSPC convoque alors, en septembre 2003, une réunion de son
état-major pour étudier l’offre d’amnistie en échange de la paix
civile. En entendant l’ordre du jour, ses principaux lieutenants
manquent de s’étouffer : « Pas question de renoncer à la République
islamique », déclarent-ils en substance. Hassan Hattab est mis en
minorité et décide alors de se retirer de la direction du GSPC. Les
radicaux qui ont pris le pouvoir se retrouvent devant un dilemme : le
sort d’Hattab…

La solution vient d’Abdelmalek Droukdel. Lui qui compte pourtant parmi
les plus déterminés à en découdre avec le pouvoir suggère une solution
alternative : épargner son ancien mentor et élire une nouvelle
direction. Au cours du conclave qui doit désigner son successeur,
l’argument régionaliste accapare les débats. Les émirs de l’est du pays
dénoncent la mainmise des « gens du centre » sur l’organisation, alors
que les faits d’armes les plus marquants ont été ceux des combattants
des Aurès et de Skikda. C’est finalement Nabil Sahraoui, l’émir de
Batna, qui remporte la mise. Mais son règne ne dure que quelques mois,
car il est éliminé par l’armée dans l’Akfadou, en Petite Kabylie, en
juin 2004. En vertu du principe d’alternance régionale, Abdelhamid
Saadaoui, alias Yahia Abou al-Haithem, chef de la zone deux (centre du
pays), présente alors sa candidature. Mais sa loyauté supposée à Hassan
Hattab le dessert et il est écarté au profit de Droukdel… En juillet
2004, le mufti devient émir national.

Considéré comme un « dur », Droukdel n’est pourtant pas le seul et
unique artisan du rapprochement puis de l’allégeance du GSPC à al-Qaïda
ces derniers mois, tant les relations entre les deux organisations,
d’un point de vue doctrinal aussi bien que logistique et humain, sont
anciennes. Mais c’est en revanche grâce à lui que le processus a connu
une accélération. Le mode opératoire des attentats, les techniques de
communication sur Internet et le choix des cibles sont une reproduction
des instructions émises par Aymen al-Zawahiri, numéro deux et idéologue
d’al-Qaïda, dans ses messages audiovisuels ou électroniques. Sous sa
coupe, le GSPC abandonne progressivement son statut d’organisation
nationale et étend ses tentacules sur tout le Maghreb, voire jusqu’au
Sahel. Droukdel organise des camps d’entraînement pour candidats
djihadistes aux confins de Taoudeni, au Mali, finance les volontaires
pour la guerre en Irak et transforme, on le sait depuis le 11 avril,
ses nouvelles recrues en bombes humaines.

Désavoué par son ancien patron Hassan Hattab le 16 avril - qui dénonce
les dérives de son ex-mufti et condamne les attaques-suicides contre le
Palais du gouvernement et la direction régionale de la police
judiciaire à Bab Ezzouar -, Droukdel n’en a cure. Lui n’a qu’un seul
rêve : devenir, à son tour, une icône du djihad international, à
l’instar de son parrain Abdelkader Hattab et de son idole Abou Moussab
al-Zarqaoui.

_________________
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