Forum ALGERIE DEBAT

Votre fenêtre sur l'Algérie et le monde
 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Chronique de désastres prévisibles

Aller en bas 
AuteurMessage
HAKIM
Admin
avatar

Masculin Nombre de messages : 1008
Age : 39
Localisation : Alger
Emploi : Administrateur De Forum
Loisirs : Un peut de tous
Date d'inscription : 17/02/2007

MessageSujet: Chronique de désastres prévisibles   Sam 28 Avr - 13:00

Le séisme catastrophique d'El-Asnam du 10
octobre 1980 a mobilisé d'énormes ressources humaines et matérielles, nationales
et internationales, pour secourir les victimes, réhabiliter et reconstruire la
ville et les zones sinistrées.

Cette catastrophe a mis en exergue la
faiblesse des institutions concernées tant sur le plan des ressources humaines
et matérielles que sur le plan scientifique, technique, juridique et
réglementaire, faute d'une véritable politique de gestion des catastrophes. Elle
a cependant permis la prise de conscience au plus haut niveau de l'Etat de la
nécessité de renforcer la Protection civile et de définir une politique
nationale de prise en charge des catastrophes.

De multiples réunions,
séminaires, ateliers, conférences regroupant scientifiques et techniciens,
gestionnaires, spécialistes, experts, nationaux et internationaux, débouchèrent
sur de nombreuses recommandations fort bénéfiques pour l'Algérie. Cela s'est
traduit par la promulgation le 25 août 1985 de 2 décrets relatifs à:

-
l'organisation des interventions et secours en cas de catastrophe;

- la
prévention des risques de catastrophes.

La Protection civile a ainsi
été dotée d'instruments juridiques et de moyens techniques lui permettant
d'assumer sa mission. Par ailleurs, le CRAAG, unique institution en sismologie,
a vu son rôle mis en valeur, son équipement renouvelé et modernisé, son
personnel scientifique et technique renforcé et ses locaux rénovés. Le ministère
de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, parallèlement à la
création d'Instituts des sciences de la terre, d'architecture et de construction
dans les nouveaux centres universitaires, a introduit ou renforcé la post
graduation dans les instituts existants à Alger, Oran, Constantine et Annaba,
etc., particulièrement dans le domaine de l'aménagement du territoire. Le
ministère de l'Habitat se dotera plus tard d'un centre en Génie parasismique
(CGS). D'autres organismes et associations professionnelles (CTC, météo,
architectes, psychiatres, vétérinaires...) verront leurs activités et
compétences mises en valeur et leur expertise de plus en plus sollicitée.


Tout portait à croire qu'il y avait une réelle dynamique dans la
maîtrise de la gestion des catastrophes. Force est de constater, aujourd'hui,
que le nombre et l'ampleur des catastrophes qui se sont succédé ces vingt
dernières années: séismes, inondations, invasion acridienne, pollution,
destruction de plages, érosion anthropique, incendies, catastrophes
industrielles et technologiques... démontrent que les initiatives visant à
protéger les vies humaines, les activités économiques et les équipements publics
n'ont finalement pas été amorcées. La législation, la réglementation et les
normes tout comme les recommandations de spécialistes et d'experts nationaux et
internationaux ne sont que partiellement suivies d'effet pour ne pas dire
qu'elles sont tout simplement reléguées aux oubliettes.

La gestion des
catastrophes demeure entièrement fondée sur le principe classique de la réponse
et de l'intervention une fois la catastrophe survenue. La politique de
prévention, même si elle est promulguée par des textes, demeure insignifiante.
Sinon comment expliquer toutes ces pertes humaines et matérielles récurrentes
particulièrement dans les régions et quartiers les plus démunis ?

Ce ne
sont pas les textes qui agissent, mais les hommes quand ils sont valorisés !


Le traitement de ces catastrophes a révélé la lourdeur du système et
les lenteurs de prise de décisions par les différentes autorités publiques. Il a
fait ressortir le laxisme, la carence et souvent l'inaptitude de responsables,
particulièrement au niveau local. Cela est dû, entre-autres, à l'absence de
politique de sensibilisation, d'information, de formation y compris de la
population, de contrôle et d'évaluation, de plans de contingence et de gestion
adaptés aux crises pour répondre efficacement aux risques naturels et
technologiques.

Que l'école, l'université, les associations, les
mosquées soient sollicitées et mobilisées pour former et éduquer. L'Etat seul ne
peut tout résoudre !

Les différentes catastrophes énumérées sont
révélatrices du rapport que la société algérienne entretient avec son
environnement et sa représentation des risques. Si une typologie des risques et
des aléas, au nombre de 14 puis réduit à 10, a été définie, il est permis de se
poser la question si les espaces dangereux pour les populations ont été
répertoriés, cartographiés et régulièrement actualisés et, évidemment, mis à la
disposition des décideurs et publiés. Il est utile de s'interroger sur
l'existence et le degré de coopération, d'échange et de partage de données et
d'information, de coordination entre institutions, associations
professionnelles, organismes scientifiques, techniques, juridiques, publics et
privés. Cela permettra de comprendre pourquoi les multiples recommandations sont
demeurées sans suite et éviter que celles demandées par le chef de l'Etat
relatives à la révision du plan ORSEC ne subissent le même sort.

Cela
aboutira, peut-être, à la création d'un centre national d'information et
d'analyse de données et en gestion des risques de catastrophes.


L'urbanisation massive, anarchique et rampante qui s'est accélérée
depuis les années 80 dans et autour des grandes villes et tout le long du
littoral, souvent au détriment de riches terres agricoles (tant pis pour la
lutte contre la pauvreté et la désertification !), conséquence d'un
développement et d'une forte émigration vers le Nord, a accéléré
l'hyperdensification des constructions et des populations.

Cela a
abouti et aboutira forcément à une plus grande vulnérabilité aux différents
aléas et une aggravation des dommages liés tant à la conception des bâtiments
qu'au choix du substratum pour les fonder. Les dernières catastrophes en sont
une parfaite illustration.


*Hocine
Bensaad Dr En Sciences Physico-Mathématiques, Expert/Consultant Wind Energy
Disaster Management & Disaster Risk Reduction

_________________
" Le néolibéralisme, comme système mondial, est une nouvelle guerre mondiale de conquête de territoires"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://algerie.forumactif.com
 
Chronique de désastres prévisibles
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Je souffre de bordelisme chronique et de flemingite aigue. [JAKE]
» [Alexandre Ruiz] "La chronique d'Alexandre Ruiz"
» Chronique de voyage d'un albinos.
» La chronique effrayante de Lucy ~
» Chronique Vampire Masquerade : "City of Black Miracles" (2)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forum ALGERIE DEBAT :: Actualité, débats et sciences :: Analyse Débat caricature-
Sauter vers: