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 Planches du salut

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HAKIM
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MessageSujet: Planches du salut   Mer 28 Fév - 17:14

par,May Sélim
Croyant dur comme fer à la force du théâtre, la metteuse en scène palestinienne Imane Aoune résiste à sa manière. L’Association Ishtar, qu’elle a fondée avec son mari, organise un premier Forum international sur le théâtre de l’opprimé.


Elle est satisfaite d’incarner Oum Al-Ezz dans Al-Chohadaa yaoudoune (les martyrs reviennent), Mona dans Hikayet Mona (l’histoire de Mona) ou encore Sarah Bernhardt dans Salas nissaa taht al-adwaa (trois femmes sous les feux de la rampe) ... Imane Aoune est une artiste qui a élu domicile sur les planches. Elle a signé notamment la mise en scène de Gababerat al-ard (les titans de la terre), Abnaa Héracle (les fils d’Hercule), Magnoune saytara (avide d’hégémonie). C’est entre le jeu théâtral et la mise en scène que se déroule la vie de cette femme palestinienne. « A travers le jeu, l’interprète voyage vers d’autres mondes, corps et âme. On devient comme un derviche de la scène et on entre dans un état de soufisme et de transe. Ce qu’on n’arrive pas à exprimer par les mots, on l’exprime par le corps. La mise en scène relève plutôt du leadership, c’est le travail d’un visionnaire, d’un créateur qui veut concrétiser son rêve sur scène », précise Imane Aoune sur un ton sincère et jovial. « Le metteur en scène, malgré lui, se trouve contraint à rester en coulisses ».

Cet amour pour le théâtre, elle l’exprime aussi différemment en faisant un travail de formatrice, entraînant les jeunes comédiens et créateurs, à travers l’Association Ishtar, qu’elle a fondée à Ramallah en 1991 avec son mari le comédien Edward Al-Moallem. Tous deux anciens membres de la compagnie palestinienne Al-Hakawati (le narrateur) qui a perdu son théâtre lors de l’Intifada, ils se sont lancés dans le monde de la production théâtrale et de la formation. « Avec la fondation Ishtar, nous avons pensé nous spécialiser dans les programmes d’entraînement et d’études théâtrales, vu que cela fait défaut en Palestine. On a voulu transmettre notre expérience aux nouvelles générations », déclare-t-elle. Ishtar propose, en effet, un programme d’entraînement de trois ans, lequel a été introduit dans les écoles non gouvernementales. Il s’agit de former les étudiants dès l’âge de 10 ans et de les doter en fin de cursus scolaire d’un certificat leur permettant de faire des études théâtrales hors du pays ou de se joindre à leurs maîtres d’Ishtar. Dans ce dernier cas, les diplômés suivent deux ans de formation supplémentaire afin de devenir acteurs professionnels ou formateurs.

Pour Aoune, répandre l’art de la scène dans les villes et villages palestiniens, déclencher le rire du public, fêter la vie, sont toutes des manières de lutter contre l’occupation. Parle-t-elle d’un théâtre de la résistance ? Sans doute. Pourtant, dans son théâtre il n’est guère question de clichés, ceux de la guerre, des blessés, de l’Intifada ... La directrice artistique d’Ishtar opte plutôt pour un genre sociopolitique. Une forme théâtrale qui s’inspire du Théâtre de l’Opprimé (TO), lancé par Augusto Boal à partir des années 1970. « Les lois injustes abondent dans notre société, on cherche alors à provoquer le public. Celui-ci est invité à réagir, à entrer en interaction avec les événements de la pièce, afin de dicter ses propres lois ou modifier celles déjà existantes. On rassemble toutes les propositions, et on vote. En fait, c’est une procédure à trois étapes : le jeu théâtral, l’interaction et enfin la législation », indique Aoune qui croit dur comme fer à la force du théâtre. L’histoire de Mona fut donc l’un des premiers spectacles du genre ; il se donne depuis 2005 en Palestine comme ailleurs. « Nous sommes, dans Ishtar, des jokers au sens positif du terme. On joue là où on se retrouve, on entraîne les jeunes en Palestine et ailleurs en organisant des ateliers de formation. Notre travail ne se limite pas aux frontières du pays ni à celles du monde arabe. On invite les spécialistes à venir de partout pour partager leurs expériences », lance Imane Aoune.

L’appellation Ishtar recèle une histoire d’amour, de force et de féminité. Car c’est le nom d’une déesse des civilisations phénicienne, cananéenne et calédonienne, déesse de l’amour, de la guerre et de la fertilité. « C’est une déesse paradoxale qui regroupe en elle pas mal de contradictions tout comme le théâtre ». Avant de fonder son association théâtrale, Aoune avait nommé sa fille aînée Ishtar, en 1990. Un modèle à suivre ? Elle l’avoue ouvertement. « Dès que j’ai étudié l’épopée de Gilgamesh, je suis tombée amoureuse de la déesse Ishtar. Elle est un symbole féminin très marquant. Je sens que je lui ressemble en quelque sorte », dit-elle.

Au lycée, Imane Aoune ne faisait pas de théâtre. Elle se contentait de chercher, dans son ancienne maison de Jérusalem, les habits des anciens de la famille. Devant le miroir, elle mimait les différents personnages, avec ses costumes en main. Sa grand-mère l’encourageait. Et d’une manière inconsciente, elle lui apprenait à jouer. « Elle nous racontait pas mal d’histoires, à mon frère et à moi. Et de temps en temps, elle nous demandait de jouer le rôle d’un cow-boy fusillé ... Comment il tombe par terre, comment il réagit ... C’était à nous de jouer et d’imiter » .

A l’école des garçons, où étudiait son frère, Imane découvrit son talent de comédienne. Il fallait monter un spectacle théâtral et trouver une fille pour jouer la fiancée d’un guerrier blessé. « Mon frère a dit tout de suite à ses amis et professeurs : Ma sœur pourra assurer ce rôle. Sur les planches, j’étais terrifiée. La salle était pleine. La lumière des projecteurs éblouissante. J’ai pris une grande bouffée d’air et me suis mise à réciter mon texte. Je ne savais pas si je jouais bien, mais les applaudissements du public sont venus me rassurer ». C’est ainsi qu’Imane Aoune est entrée dans le jeu. Elle participait aux spectacles scolaires, ceux donnés dans les clubs avec des amis durant les années 1970.

A l’époque, c’était difficile qu’une jeune fille, provenant de l’ancienne ville de Jérusalem, fasse des études théâtrales. Il fallait en plus voyager hors du pays ! Aoune a donc étudié la sociologie et le psychodrame, en continuant à jouer avec les troupes d’amateurs.

Mais avec Al-Hakawati, la compagnie de théâtre palestinienne, c’était le début d’une carrière professionnelle. « Al-Hakawati était une grande école de drame ; j’ai appris les techniques du jeu, le respect des horaires, l’importance des répétitions ... ». Mais un problème familial s’y opposait. « Mon père, qui m’encourageait autrefois à jouer en tant qu’amatrice, a complètement rejeté l’idée de voir sa fille se transformer en une vraie comédienne. Il n’assistait plus à mes spectacles et me répétait tout le temps : Avec cette profession, qui voudra t’épouser ? Je lui répondais : Ne t’inquiète pas, j’épouserai le théâtre ». En travaillant avec Al-Hakawati, Imane Aoune est tombée amoureuse de son collègue Edward Al-Moallem. Quelques années plus tard, ils se sont fiancés. De quoi avoir réconforté le père. C’était, selon lui, l’indice d’un bel avenir. « Sur scène, j’ai besoin d’avoir en face, un acteur sensible comme Edward. Mais à maintes reprises, nos devoirs familiaux nous ont privés de jouer ensemble. Il fallait que quelqu’un de nous reste à la maison pour s’occuper des enfants ». En gérant ensemble l’Association Ishtar, les deux partenaires se partagent les rôles de façon à promouvoir leurs projets artistiques. Ils cherchent à obtenir la grâce de leur déesse, Ishtar. Jusque-là, elle ne les a guère abandonnés.
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