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 Divagations d'un universitaire algérien

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HAKIM
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MessageSujet: Divagations d'un universitaire algérien   Ven 13 Avr - 12:13

Divagations d'un universitaire algérien
par Kamel Kacher ,le Quotidien D'Oran

« De toutes les vérités, il n'y a de vrai que la blague. » DOK

L'histoire, quelle qu'elle soit, est toujours écrite par les vainqueurs. Mille années dans l'histoire d'une nation, ce n'est en fin de compte qu'une journée divine et 100 ans de vie humaine, ce n'est que deux heures et 24 minutes. C'est dire que la loi de la relativité a été inventée bien avant l'honorable prix Nobel Albert Einstein par la non moins honorable figure mythique Djouha. Sa théorie consistait qu'en vingt années l'un des trois personnages du conte mourrait inéluctablement: le Sultan, l'Animal ou Djouha.

Dans ma biographie, j'ai constaté qu'il y avait des dates liées à des événements que je ne peux expliquer scientifiquement, même basés sur des faits incontestables.

En mars 1985, alors que j'étais étudiant en aéronautique en URSS et plus exactement à Kiev, en Ukraine, j'avais à peine 21 ans quand monsieur Gorbatchev accéda au pouvoir suprême. Il était adulé par l'Occident. Je disais à un copain soviétique, dans une discussion privée, que ce monsieur anéantirait l'URSS. Une année plus tard (le 26 avril 1986), il y a eu la catastrophe de Tchernobyl. Je me trouvais en camping à 200 km de Kiev, plus au sud, alors que le vent était nord-nord.

En novembre 1989, alors que je préparais ma thèse de magistrat, à Berlin les Allemands étaient en extase et en pleine euphorie. Le mur de Berlin venait de chuter. Je ne sais pas pourquoi, mais sur une question posée par un honorable académicien, voulant connaître mon avis sur ce moment historique pour l'Allemagne, j'ai répondu intuitivement que c'était fini pour l'URSS.

De retour en Algérie en mars 1990, j'ai commencé à travailler au ministère des Transports. Je vivais toutes les évolutions politiques de l'Algérie de l'époque, raison de plus que le siège du ministère se trouvait au Sacré-Coeur, moi-même habitant au Clos Salembier. Je faisais le parcours du combattant, quotidiennement, bien fringué, costume-cravate, du Clos en passant par la salle Harcha puis direction la place du 1er Mai, coupant enfin par l'hôpital Mustapha Bacha, marchant sur Meissonnier j'arrivais à ma destination finale - au ministère des Transports. Je voyais l'orage venir.

En congé en juin 1991, je suis parti à Kiev rendre visite à ma femme et mon fils. Je suis resté jusqu'au début juillet et j'ai ramené avec moi ma femme et mon fils sur Alger. Un mois plus tard, le 18 août 1991, l'URSS se désintégrait. J'étais abasourdi.

A partir de cette date, je commençais à me poser des questions, plutôt la seule qui taraudait mon esprit: pourquoi chaque fois que je quitte un pays, il y a quelque chose d'extraordinaire qui arrive ? Est-ce un signal divin ou bien mes dons d'analyste et de fin observateur ? Pourtant, je ne suis ni politologue ni sociologue. Toutes mes formations sont techniques et technologiques. Je ne peux y répondre à cette question, à ce jour. La suite de l'histoire vous donnera un aperçu.

Donc, Alger, l'été de 1991, les événements s'enchaînaient. Alger en ébullition, je décide de faire partir ma femme et mon fils sur Kiev, début novembre 1991, le 02 exactement, un fameux samedi. Ce jour-là, j'ai pris ma décision de quitter l'Algérie. Etant fin prêt début février 1992, billets d'avion, sursis, congé (le quitus bureaucratique minimum pour l'époque), je partais pour l'Ukraine. A un ami qui me demandait mon avis sur la situation, je lui faisais cette confidence prophétique que je ne souhaitais pas au plus profond de moi-même que l'Algérie soit partie pour une décennie de terrorisme. Je suis parti, le 26 février 1992, pour un non-retour forcé de 13 années et 03 mois. Le 28 mai 2005, j'atterrissais sur le tarmac de l'aéroport d'Alger que je connaissais bien par mes obligations de travail, quand j'étais au ministère. Le tarmac a vieilli, moi j'ai mûri. Tout content de retrouver la mère patrie. Entre les deux temps, j'ai décroché deux doctorats. Maintenant, rien ne m'empêcherait de bien servir mon pays. En ce 2005, j'étais bien naïf, comme d'ailleurs en 1990. Kamel, me suis-je dit, incognito t'es parti, incognito t'es revenu. Comme on dit: «Sien parmi les inconnus et inconnu parmi les siens». Heureusement qu'il y a la famille. J'ai une conviction, la force de l'Algérie, de tout temps, ce n'est ni la religion, ni la langue, ni le patriotisme, ni le pétrole, ni l'économie, ni sa position géostratégique. C'est la famille, bonne ou mauvaise.

Revenons un peu aux dates. Installé officiellement à Kiev en Ukraine, je travaillais dans des sociétés internationales. Par mes nouvelles fonctions, je voyageais beaucoup en Europe, en Asie, dans les pays baltes et en Asie orientale. Me trouvant un jour à Rome au mois d'août 2001, j'ai rencontré une connaissance brésilienne vivant au Danemark. Alors que notre discussion tournait autour des grands constructeurs aéronautiques, cet ami me disait que Boeing exerçait une concurrence déloyale contre Embraer (firme brésilienne, constructeur d'avions) pour accaparer plus de parts dans le marché de l'Amérique latine. Le monde entier est en train de se révolter contre les Etats-Unis, fut ma réponse. Un mois plus tard, il y a eu le 11 Septembre. La vie en Ukraine suivait son cours, un hiver ressemblait à un autre. En Ukraine, les années sont comptées par rapport à la rudesse ou la tendresse des hivers. Au printemps de 2004, on voyait se dessiner ce que plus tard on appellera la Révolution orange. En octobre 2004, habitant le centre-ville de la capitale Kiev, je subissais tous les ingrédients d'une vie citadine en hibernation totale, comme un ours polaire, au sens large du mot, la vie économique et sociale était totalement figée, le centre-ville paralysé par toutes ses centaines de tentes et ses centaines de milliers de manifestants, qui mangeaient des oranges sur fond de neige, exotique. Je ne raconterais pas toutes les anecdotes qui se sont passées, mais je vous transmets l'impression que j'avais: en quatre mois de paralysée générale et en trois tours d'élection présidentielle, il y avait ce que j'appelais à l'époque une fiesta ukrainienne.

Ça me rappelait Alger en juin 1991 et les images lugubres de cette place du Premier Mai, où je passais quotidiennement pour aller à mon travail. La différence, plutôt la nuance, entre ces deux images est saisissante. Quelle culture et quelle éducation pour les premiers. Oui, la culture et l'éducation, le plus gros problème de l'Algérie.

L'euphorie terminée, l'inauguration présidentielle finie, les gens sont revenus au rythme quotidien d'un mois de janvier 2005 clément mais houleux sur ce qui attendait l'Ukraine dans les jours qui suivirent. Le pays, stupéfait, regardait médusé les règlements de compte entre la nouvelle et l'ancienne oligarchies. La saison de la chasse aux sorcières était ouverte officiellement. Dans un article que j'ai publié dans ce même journal en mai 2006, je prédisais déjà l'instabilité politique en Ukraine, juste après les élections parlementaires de mars 2006. Les faits m'ont donné encore une fois raison. Une année plus tard, presque jour pour jour, fin mars 2007, le président élu a dissous le parlement et a décrété des élections anticipées pour fin mai 2007. Aussi bizarre soit-il, mais c'est presque deux années après mon retour au bercail en mai 2005. Je suis parti d'Ukraine.

En épilogue, je dirais qu'après l'accueil « royal » que réserve le pays à sa vraie élite algérienne, je pense vraiment que cette fois-ci ça ne sera pas par naïveté que je resterais, mais par entêtement et par défit. Puisque la baraka, comme l'élite algérienne, a fui le pays. Il est grand temps que la baraka revienne. Je ne suis ni un messie, ni un charlatan. J'observe et je constate. Il y a une évidence, pourtant criante, l'Algérie ne peut être toute commerçante. Cessons de se vendre, de se prostituer à toutes ces hordes étrangères, venues d'ailleurs, faisons confiance à nos compétences, arrêtons de vendre son âme au diable. Mister Freud, s'il venait d'être ressuscité, ne résoudrait point cette énigme. Ni Maître Ibn Khaldoun, qui ne cesse de se retourner dans sa tombe, ne pouvant situer cette société algérienne contemporaine, où l'hypocrisie généralisée fait loi, où personne ne fait confiance à personne, où tous les visages d'Algériens et d'Algériennes sont tristes, dans un pays, pourtant, ensoleillé. Maestro Niccolo Machiavelli, votre Prince a vu juste. Vous avez gagné.
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